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Le vote utile est un symptôme, pas le problème !

En médecine, les symptômes sont les signes visibles ou sensibles dont un malade se plaint. Les symptômes et la maladie sont cependant deux choses tout à fait distinctes. Lorsque l'on se contente de traiter les symptômes, la maladie suit son cours, et peut même empirer : c'est la maladie qu'il faut soigner. Le vote utile est un symptôme. Si la démocratie va mal, il faut identifier le problème pour appliquer le bon remède.

Un symptôme ?

Notre système immunitaire répond à une infection en provoquant une rougeur ou de la fièvre, sans que rien de conscient n'intervienne dans ce processus. Ce sont des réactions spontanées. Nous les identifions comme une gêne. Cette gêne éveille notre attention comme un signal d'alarme. Nous pouvons alors réagir face à la maladie que nous ne voyons pas.

De peur qu'un candidat avec une ligne en totale contradiction avec nos valeurs soit élu, nous "adaptons" notre façon de voter. Nous calculons, ou plutôt spéculons quant à ce que serait l'issue du scrutin selon le candidat pour lequel nous voterions. Voter utile, c'est renoncer à voter pour le candidat qui représente le plus nos convictions en reportant notre voix sur le candidat le "moins pire" parmi ceux que nous imaginons avoir une chance de gagner.

Le vote utile est notre réaction spontanée face à un péril pour la démocratie. Nous le ressentons comme une gêne. Mais le vote utile ne constitue pas le problème. Le problème est que nous ayons à recourrir au vote utile.

Identifier le problème

Si les citoyens, désabusés, ont clairement le sentiment que la démocratie leur échappe, les causes, elles, sont moins bien identifiées.

La tentation est forte de tenir pour responsable la partie de l'électorat qui "ne vote pas correctement". Mais il faut se rendre compte que nous utilisons un système capable de faire passer au second tour, avec 15% ou 20% des voix, un candidat qu'une très large majorité des électeurs rejette totalement. Et c'est loin d'être le seul défaut de ce système. Plus largement, les sondages comme les résultats des élections ne reflètent en rien les opinions des électeurs.

Quel remède ?

Les défauts du système de vote que nous utilisons – pour les sondages comme pour les élections – sont scientifiquement établis, et ce depuis très longtemps. La seule raison que nous ayons de croire qu'il fonctionne, c'est habitude que nous avons de l'utiliser.

À présent, les anomalies, les dystorsions et les manipulations que permet le scrutin uninominal à un ou deux tours deviennent si évidentes que l'usage de ce type de scrutin pourraît presque être considéré anti-démocratique.

Il importe donc de faire la distinction entre un système de vote et la démocratie. Pour rendre la démocratie possible, utilisons un système de vote qui soit réellement démocratique.

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