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Pourquoi voter autrement ?

L'histoire récente comme l'actualité poussent les citoyens à questionner de plus en plus ouvertement les mécanismes démocratiques. La victoire de G.-W. Bush sur A. Gore en 2000, l'élimination de L. Jospin au premier tour au profit de J.-M. Le Pen en 2002, D. Trump face à H. Clinton au terme d'une campagne ayant démontré l'intérêt de la population américaine pour les idées soutenues par B. Sanders, ou encore les craintes que fait peser le jeu des candidatures sur l'élection présidentielle de 2017 en France sont autant d'illustrations d'un même problème de fond : les élections font le jeu des politiques politiciennes et les résultats ne semblent pas avoir grand chose à voir avec les opinions des électeurs. Le symptôme moderne et visible de ce malaise porte un nom : le "vote utile".

Les systèmes de vote mis en défaut

Quasiment partout dans le monde, la méthode utilisée pour élire nos représentants est le scrutin uninominal à un ou deux tours. Cependant, ce mode de scrutin souffre de graves défauts. Les travaux menés à l'époque de la Révolution française par Borda et Condorcet ont clairement démontré les travers de ce type de scrutin : les résultats sont manipulables de plusieurs manières et, plus grave encore, les résultats peuvent s'avérer totalement incohérents par rapport aux opinions exprimées par les électeurs.

D'autres méthodes existent pourtant depuis longtemps. Malheureusement, le théorème d'impossibilité de K. Arrow (1951) démontre qu'aucun système de vote où les électeurs comparent les candidats ne peut satisfaire les exigences démocratiques les plus élémentaires. L'idée selon laquelle il faut se résigner à utiliser un système imparfait s'est depuis installée.

Le jugement majoritaire

Le jugement majoritaire est une méthode de scrutin proposée par Michel Balinski et Rida Laraki, chercheurs au CNRS et enseignants à l’École Polytechnique. Cette méthode a été conçue précisément pour ne pas tomber dans les travers précédents et repose tout d'abord sur un changement d'approche ; il n'est pas demandé aux électeurs de choisir un candidat, mais de faire quelque chose de beaucoup plus simple et naturel : exprimer le jugement qu'ils portent sur chaque candidat. Et ça change tout.

Le mode de dépouillement du jugement majoritaire s'appuie par ailleurs sur une autre idée originale : la mention majoritaire. Ce concept se fonde sur une nouvelle perception de la notion de majorité qui se définit non pas sur la base d'un "arbitraire calculatoire", mais sur des considérations profondément démocratiques.

Le jugement majoritaire élimine totalement les défauts les plus graves que connaissent tous les modes de scrutin précédents, et s'avère extraordinairement robuste aux tentatives de manipulation. Voter honnêtement devient la stratégie optimale pour tout électeur, et les puissances politiques n'ont plus les moyens d'influencer les résultats des élections par le jeu des candidatures. Il en résulte que le jugement majoritaire exprime de manière claire et lisible les opinions des électeurs et permet d'élire un candidat de manière conforme à celles-ci.

Changer nos mauvaises habitudes

La force de l'habitude aidant, nous ne questionnons plus le mode de scrutin que nous utilisons. Il est pourtant établi depuis longtemps qu'il ne rend pas service à la démocratie.

Le théorème d'impossibilité de K. Arrow s'applique aux modes de scrutin où l'on demande aux électeurs de choisir un candidat ou de les classer, et non à tous les types de scrutins dans l'absolu. Croire que tous les systèmes de vote sont mauvais, que tous se valent et qu'il n'y a aucun intérêt à abandonner le scrutin uninominal au bénéfice d'une autre méthode est une généralisation abusive.

Il est permis de penser que la voie ouverte par Michel Balinski et Rida Laraki poussera d'autres chercheurs à élaborer des modes de scrutin dont on pourra prouver qu'ils sont plus vertueux encore. Cependant, le jugement majoritaire reste à ce jour le seul type de scrutin respectueux de l'opinion des électeurs.

Il est peu probable que les puissances politiques en place remettent en cause un système à leur avantage. Pour nous, citoyens, prendre du recul et remettre en cause la notion de majorité telle qu'elle nous est enseignée depuis le plus jeune âge n'est pas non plus une tâche aisée.

Le jugement majoritaire ne peut pas vaincre à lui seul tous les obstacles à l'établissement d'une démocratie réelle. Le vote est cependant à la base des institutions démocratiques, quelles qu'elles soient. S'il est possible de construire de mauvaises institutions sur la base d'un système de vote qui pourtant fonctionne, il est par contre tout à fait certain qu'il ne peut pas y avoir d'institutions viables sans un système de vote qui fonctionne correctement.

Les bénéfices apportés par le jugement majoritaire sont une grande avancée, et une réelle opportunité pour la démocratie.

Le jugement majoritaire est un outil. Il appartient aux citoyens de s'en saisir.

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