Questions fréquentes

Nous apportons ici des réponses aux questions qui nous sont le plus fréquemment posées sur le Jugement Majoritaire. Mais pour tout comprendre facilement, le plus simple est de commencer par lire notre bande dessinée !

Avec le Jugement Majoritaire, est-ce qu'on peut voter blanc ?

Le vote blanc a pour signification : "je n'approuve aucun des candidats."

Avec le scrutin uninominal utilisé aujourd’hui, le vote blanc est géré comme un "cas particulier". Il est traité à part.

Avec le Jugement Majoritaire, il n'y a pas besoin de mettre en place un "vote blanc" qui serait un cas particulier ou une exception.

Non pas qu'il soit exclu d'intégrer la possibilité pour un électeur d'exprimer le fait qu'aucun candidat ne lui convient ! Bien au contraire !

Pour "voter blanc" avec le Jugement Majoritaire, il suffit d'exprimer le fait... qu'aucun candidat ne vous convient. Il n’y a donc simplement qu’à attribuer la mention "à rejeter" à chacun des candidats. Cette opinion sera prise en compte au même titre que celle de tous les autres électeurs, et sera comptabilisée pour ce qu'elle signifie vraiment.

Pourquoi on doit voter pour des candidats ? Moi je veux voter pour des idées, des programmes !

On vous comprend ! Mais pourquoi poser cette question à propos du Jugement Majoritaire ? Ne se pose-t'elle pas tout autant aujourd'hui, alors que l'on utilise le scrutin uninominal ?

En fait, c'est une question indépendante du mode de scrutin : il faut faire la différence entre "comment on vote" et "pour quoi on vote".

A la question "comment on vote", la réponse nous semble devoir être "avec un mode de scrutin qui respecte les opinions exprimées par les électeurs", et donc avec le Jugement Majoritaire.

Quant à savoir "pour quoi on vote", c'est une question beaucoup plus large : celle des institutions.

Nous n'avons pas toutes les réponses. Mais nous sommes convaincus d'une chose : pour que des institutions puissent fonctionner de manière démocratique, il faut un mode de scrutin qui fonctionne de manière réellement démocratique.

Je croyais que la majorité, c'est quand il y a au moins 50% des gens qui votent pour le même candidat. C'est pas ça ?

Vous confondez "la majorité" et "la majorité au sens du scrutin uninominal à un ou deux tours"... et c'est normal ! En France, on est tous habitués à n'utiliser que ce mode de scrutin, et ce depuis la petite enfance où on nous apprend à voter à main levée.

Mais la "majorité", ça veut juste dire "au moins 50%". Du reste, tout dépend de quoi on parle.

Avec le scrutin uninominal, la "majorité" signifie "au moins 50% des voix". Mais ça pose un problème. On le voit bien avec le "vote utile", ces voix n'ont pas toutes le même sens. On n'a donc pas "50% des électeurs qui soutiennent le gagnant".

Avec le Jugement Majoritaire, la "majorité" n'est pas comptabilisée sur les "voix", mais sur les mentions attribuées. La "mention majoritaire" d'un candidat est la mention qu'au moins 50% des électeurs défendront contre ceux qui pensent que ce candidat vaut plus (ou moins) que la mention majoritaire. On peut alors bien dire que 50% des électeurs sont réellement d'accord entre eux face aux autres, qui sont en minorité.

Avec le Jugement Majoritaire, c'est le "consensus mou" qui gagne à tous les coups, non ?

C'est une fausse intuition qui nous est donnée par le scrutin uninominal.

Avec le scrutin uninominal, les candidats se "partagent" l'électorat. Selon le nombre de candidats, il est donc possible de passer au second tour avec seulement 15% ou 20% des suffrages. Les candidats n'ont donc aucune raison de chercher à être soutenus par 50% des électeurs ou plus : la mécanique du scrutin uninominal garantit la "caution" de la "majorité" à celui qui saura se faire préférer à son adversaire au second tour.

Cette "mécanique" du scrutin uninominal encourage les candidats à choisir l'une des deux stratégies suivantes, ou à composer un équilibre entre les deux :

  • adopter une posture clivante, pour capter une frange de l'électorat certes réduite, mais fidèle ;
  • "faire plaisir à tout le monde", pour capter quelques voix, mais un peu partout.

Le "consensus mou", c'est le candidat qui a tout tablé sur la seconde stratégie.

La différence, avec le Jugement Majoritaire, c'est que la mention majoritaire s'obtient... avec une majorité des électeurs. Un candidat clivant obtiendra peut-être ses 20% de mentions favorables, mais sera certainement rejeté par une très large majorité des électeurs. De la même manière, le candidat du "consensus mou" obtiendra peut-être 20% de mentions favorables de la part de ceux qui se seront laissés séduire, mais la majorité des électeurs qui voient clair dans son jeu auront toutes les raisons de le rejeter massivement également.

Il ne faut pas confondre le "consensus mou" avec le "vrai consensus". Le Jugement Majoritaire n'incite ni à être clivant, ni à être "faussement" rassembleur, il incite à obtenir la meilleure mention majoritaire possible pour battre les concurrents. Et pour ça, il faut que cette mention soit soutenue par une majorité. Le "vrai consensus" l'emportera donc toujours face au "consensus mou", et ce sera dans tous les cas le meilleur candidat aux yeux de la majorité qui l'emportera.

Les électeurs ne risquent-ils pas d'être tentés de tricher, avec le Jugement Majoritaire ?

Pourquoi le seraient-ils ? Parce qu'on leur demande d'exprimer le support qu'ils apportent à chaque candidat plutôt que d'en choisir un ? Parce qu'ils seraient tentés "d'exagérer" les mentions qu'ils attribuent, pour mettre "excellent" à leur candidat favori, et "à rejeter" à tous les autres ? Ce serait à vrai dire parfaitement irrationnel.

En attribuant "à rejeter" à tous les candidats sauf un, l'électeur se prive de faire valoir les nuances qu'il y a à ses yeux entre ces candidats, même s'ils ne sont pas ses préférés. S'il triche, c'est qu'il pense que son candidat préféré n'a pas toutes ses chances, alors pourquoi ne pas "indiquer" lequel des autres candidats serait son "second préféré", en lui attribuant une mention conforme à ses opinions, et ainsi de suite pour les suivants ?

Par ailleurs, en attribuant "excellent" à son candidat favori au lieu d'une mention plus conforme à ses convictions, un électeur ne change strictement rien au résultat du scrutin sauf... si 50% des électeurs ont une meilleure opinion sur ce candidat que lui !

Le Jugement Majoritaire est le système de vote avec lequel il est le plus difficile de tricher. C'est prouvé en théorie comme en pratique. Il est donc très surprenant que cette question soit posée si fréquemment. C'est peut-être parce que nous utilisons aujourd'hui un système de vote qui nous oblige à adopter une posture partisane et nous incite à "tricher", à "voter stratégique", à "voter utile". Il semble donc naturel d'être vigilant par rapport sur ce point concernant un nouveau mode de scrutin. Mais précisément, le Jugement Majoritaire nous épargne ça. Avec le Jugement Majoritaire, la stratégie optimale pour chaque électeur, c'est de voter honnêtement !

Ça a l'air compliqué ! Il faut forcément utiliser des ordinateurs avec ce système ?

Ce qui est compliqué, ce n'est pas le Jugement Majoritaire, c'est de remettre en cause une chose si habituelle qu'elle nous semble naturelle.

Les bulletins et le mode de dépouillement sont évidemment différents pour le Jugement Majoritaire et le scrutin uninominal. Mais rien n'empêche de mettre en oeuvre le Jugement Majoritaire sur papier, tout comme rien n'empêche de mettre en place des scrutateurs et toutes précautions utiles au bon déroulement d'un scrutin, comme on le fait déjà. Il n'y a pas davantage de raisons d'utiliser ou non des moyens informatiques pour le Jugement Majoritaire que pour le scrutin uninominal.

Il y a certes un peu plus d'effort à produire pour comptabiliser les mentions par rapport aux "voix", puisqu'il faut comptabiliser autant de mentions par électeur qu'il y a de candidats avec le Jugement Majoritaire alors qu'il n'y a qu'une seule "voix" par électeur avec le scrutin uninominal. C'est cependant chose à relativiser. D'autres modes de scrutins sont beaucoup plus compliqués à mettre en oeuvre au niveau du dépouillement. Le vote alternatif, qui requiert de recomptabiliser les voix de chaque candidat plusieurs fois, est un exemple.

Il faut par ailleurs prendre la mesure de ce que représente cet effort supplémentaire par rapports aux bénéfices qu'apporte le Jugement Majoritaire. Comme on dit : "la démocratie a un coût".

Pourquoi on n'utilise pas tout simplement des notes ?

Tout d'abord, le support d'un électeur pour un candidat n'est pas une grandeur physique mesurable. Quand on mesure une température, la différence entre 0°C et 1°C est exactement la même qu'entre 99°C et 100°C. Et c'est pour cette raison que l'on peut calculer des moyennes de température, etc.

Par contre, quelle est la différence entre le fait qu'un électeur attribue 4/10 à un candidat et un autre électeur 5/10 à ce même candidat ? Est-ce la même différence qu'entre le fait qu'un troisième électeur attribue 7/10 à ce candidat et un quatrième électeur 8/10 ? Tous ces chiffres n'ont aucun sens. On ne sait pas ce que chacun met derrière chaque note. Aucun calcul valide ne peut être effectué avec ces nombres. La moyenne de ce type de "notes" ne signifie rien. Les systèmes de vote qui utilisent ce type de "notes" sont très manipulables.

On ne peut pas faire la moyenne entre "passable" et "très bien"... et tant mieux ! Ça empêche de faire des choses qui n'auraient pas de sens.

En utilisant des mots compris de la même façon par tout le monde, on est certains que tous les électeurs seront d’accord sur la signification des mentions attribuées aux candidats. Par exemple "insuffisant" a le même sens pour tous les électeurs. Cette mention signifie "les qualités du candidat visé ne sont pas suffisantes pour qu'il puisse occuper le poste à pourvoir". Cela n'empêche pas que certains électeurs considèrent que tel candidat est "insuffisant" alors que d'autres le jugent "très bien" : c'est la raison même des élections. Mais lorsque deux électeurs disent d'un candidat qu'il est "insuffisant", qu'il s'agisse du même candidat ou non, ils expriment bien la même chose, même si c'est pour des raisons différentes.

Et pourquoi pas plutôt avoir recours au tirage au sort ?

Le tirage au sort est, pour le dire ainsi, le moyen le plus radical qui soit pour s'assurer que rien, et donc personne, ne puisse influencer le choix retenu. Il répond donc parfaitement à certaines préoccupations, comme le fait de s'assurer que les tenants d'un pouvoir ne se donnent pas les moyens de s'entretenir au pouvoir.

Cependant, le tirage au sort ne garantit en rien le fait que le résultat soit en accord avec la volonté des électeurs.

Dans la mesure où, pendant très longtemps, aucun système de vote ne pouvait assurer le respect des opinions exprimées par les électeurs et une bonne résistance aux manipulations, le tirage au sort pouvait en effet être considéré comme une option. Mais, dès lors que le Jugement Majoritaire rempli ces critères, la nécessité d'une solution aussi radicale se questionne.

NB : Il est question ici du tirage au sort comme substitut au vote. Le tirage au sort peut être tout à fait pertinent pour, par exemple, constituer des assemblées. C'est là une autre question, institutionnelle, relative à de toutes autres considérations.